Définition

L’expression « feel good » désignant un livre est très péjorative dans l’univers du lecteur de Victor Hugo, Charles Baudelaire, Alfred de Musset. Non pas que l’idée lui soit hostile mais ce lecteur perfectionniste attaché au Siècle des Lumières déteste les facilités en matière d’écriture. En anglais « feel good » cela signifie « bien-être ». L’idée est-elle de donner au lecteur l’impression que sa vie est un conte de fées ? La même impression que s’il s’était tapé un Lexomil ou un Prozac ? Comme après l’absorption massive d’émissions telles : Les Anges de la Téléralité ou Secret Story ou de n’importe quel happy TV show. Les effets secondaires ne sont pas négligeables : troubles du sommeil et de l’appétit, ralentissement psychomoteur, déficit d’attention, dévalorisation de soi, perte de la concentration, période d’angoisses suivies d’une euphorie excessive, baisse d’énergie, hypoglycémie, vertiges, sueur.

Vivons avec notre temps

La régression n’est pas une évolution. La technologie n’est pas synonyme de progrès social ou artistique. La facilité n’est pas la réponse à l’ambition. L’objectif semble principalement de distraire en présentant une vision positive, simpliste et optimiste de la vie. Une vision adulescente. Cela surfe sur le phénomène à la mode du développement personnel et du lâcher prise. La trame est souvent la même : cela ne va pas bien puis cela va bien puis cela ne va pas bien (un drame inattendu) puis cela va bien. Une démarche créative très recette de cuisine (fast food rime avec feel good) dans le but de plaire à une majorité. L’auteur écrit pour faire plaisir à un lectorat le plus large possible et non pour sortir ce qui est enfoui au fond de son ventre (je conçois surtout ainsi la littérature). Pour certains c’est un fond de commerce pour d’autres ils sont incapables d’écrire avec plus de profondeur et de finesse.

Plusieurs littératures

Littérature de plage, de gare, de voyage, romances trempées dans le miel d’azur, hum cela sent bon le romanesque, le feel-good ! Un peu du mal avec cette littérature trop simple pour moi. A aime B, C les ennuie, D intervient, C disparaît, A et B roucoulent, vécurent heureux et eurent de beaux enfants X et Y !
On peut donc estimer qu’il existe plusieurs littératures et qu’elles peuvent cohabiter sans que cela soit au détriment l’une de l’autre. Pétrifié par les clichés, comme la femme de Loth fut transformée en statue de sel après qu’elle eut regardé en arrière vers Sodome, ma hantise est voir ces romances nous désagréger en magma de poussière. D’inciter les éditeurs à multiplier ces harlequinades, cette sous-littérature chantilly (je suis vache), ce divertissement guimauve (je suis très vache) au détriment d’une littérature plus exigeante jusqu’à hâter sa disparition.

Bisounours-Land

L’être humain est bon, foncièrement bon. Les méchants n’existent pas. Les lecteurs addicts au feel-good ne voient le mal nulle part. Ils sont positifs, optimistes, humanistes. Ils aiment tout le monde. Les lecteurs addicts au feel-good ont la croyance dure comme fer d’un monde où les gens sont toujours joyeux, souriants, de bonne humeur, gentils, gratifiants, empathiques, serviables, polis, fidèles, bienveillants. Un monde où les gens se font tout le temps plein de bisous ! Un monde enchanteur où des petits cœurs roses s’envolent comme des nuages dans le ciel ! Un monde où l’amour se rencontre au coin de la rue et non sur un site de rencontres. Un monde où l’on tombe amoureux de sa nouvelle voisine ou du livreur de pizzas.

Des noms ?

Qui sont les spécialistes franchouillards du feel-good, cet art nouveau du récit anti-dépressif qui vous évite les rendez-vous chez le psy ? Une légion ! Au hasard (liste non complète, davantage de femmes que d’hommes !) : Juliette Brunel, Nicole de Buron, David Foenkinos, Anna Gavalda, Raphaëlle Giordano, Virginie Grimaldi, Sophie Kinsella, Agnès Ledig, Gilles Legardinier, Marjorie Levasseur, Marc Levy, Laure Manel, Agnès Martin-Lugand, Guillaume Musso, Katherine Pancol, Aurélie Valognes, Marie Vareille.

Conclusion

Destiné à un public young-adult qui découvre la lecture marshmallow, fan également de mangas et de thrillers, le feel-good a de beaux jours devant lui. Il répond à la même frustration de ceux qui attendent avec impatience un nouvel épisode de leur série TV. Il doit donner envie de vite tourner la page sans provoquer de méningite ou de tourment existentialiste ! Loin de moi l’idée de viser des personnes connues ou inconnues, de juger ou de diffamer, de mépriser ou de snober, il m’est arrivé un jour de lire avec plaisir un ouvrage de l’adorable Agnès Ledig ! Je ne préconise ni le feel-bad ni d’empêcher de croire que la vie est belle, savoureuse comme un sucre d’orge ou un sirop de glucides ! J’ai simplement l’impression d’observer de loin une littérature remplie d’édulcorants, de rehausseurs de saveur, d’arômes artificiels, de colorants, de benzoate, d’acides gras, d’émulsionnants, de solvants. Ma liberté s’arrête où commence celle des autres alors je ne ferai aucun geste pour vous en empêcher, allez-y plongez vous avec délice dans le miel déshydraté du feel-good… gentils oursons gentilles oursonnes !

Nowowak

26 commentaires sur « Vous avez dit « Feel Good » ? »

  1. J’ai tellement absorbé de classiques que cette littérature de divertissement me semble à des années-lumière de la création artistique avec un grand A. Je voulais le dénoncer, éviter la confusion, rendre à César ce qui est à César, ranimer les Musset, Rimbaud, Lautréamont ! Je ne vais pas non plus y consacrer des dizaines de critiques, allons vers le Beau et l’Essentiel : ce qu’il faut lire !

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  2. Si je suis d’accord sur l’ensemble de ton article, je me permets de souligner néanmoins que ces histoires ont permis à quelques récalcitrants à la lecture de s’y mettre petit à petit. Ces livres sont parfois un tremplin vers d’autres lectures, d’autres découvertes 🙂

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  3. Excellent cet article ! Cela dit, il en faut pour tous les goûts, et le lectorat de cette littérature-lâ ne lirait probablement pas si elle n’existait pas. Je pense qu’elle ne prend rien, pas plus qu’elle n’apporte à ces (grands) Auteurs que l’on aime tant. C’est comme ça, il faut de tout pour faire un monde. Ce monde dans lequel on s’ennuie trop, parfois.
    En tout cas, merci pour ces billets 👍

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    1. Pas convaincu qu’elles ne prennent rien, les éditeurs veulent de plus en plus des livres formatés au goût du public et si la majorité se tourne vers des œuvres sentimentales il n’y aura plus de place pour le reste. Je ne vois pas un Kafka ou un Cioran aujourd’hui être publiés s’ils étaient encore inconnus ! Les comités de lecture lisent à peine les incipit et si les mots gratitude, bonheur, amour, drame, bienveillance, amoureux… y figurent ils sont bien plus cléments ! Je caricature bien sûr mais il y a de cela !

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      1. Oui, effectivitiment. Je n’ai pas réfléchi à tout cela avant de commenter. Et je suis bien sûr entièrement de cet avis. Ah, les choix éditoriaux qui font qu’on nous sert de la soupe ( l’important étant de plaire au plus grand nombre et de vendre), c’est certes désolant. Maintenant je me demande si on mettait Kafka ou Cioran dans les mains d’un amateur de romans â l’eau de rose s’il ça ne lui tomberait pas très vite des mains ?

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      2. Il ne lirait même pas, faut pas abuser ! Où va-t-on si on a besoin d’un dictionnaire pour lire un livre ! Feel-good = non remueur de cerveaux conseillé par le Ministère de la Paix Sociale !

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  4. Je vais mettre mon grain de sel ^^ Je suis d’accord avec le fait que le « tout est beau et gentil » m’ennuie grandement et dessert je pense à la fois la littérature et le développement personnel car ce n’est pas le reflet de la vie : des romans trop optimistes où tout s’arrange comme par magie ne servent à rien. Cependant, certains romans de « feel-good » apportent un réel questionnement sur la vie et font avancer sur le plan personnel. Certes ces romans n’ont pas de style, certes ils ne sont pas à mon sens de la littérature, mais certains sont de bons feel-good qui racontent une histoire qui sert de prise de conscience ou de libération pour des tas de personnes enfermées dans leur schéma de pensée. Et ces livres-là, ont leur place et leur importance. Mais ces romans-là, ce ne sont pas tous les feel-good. Mais même dans la littérature blanche d’aujourd’hui je trouve des livres que je ne lirai même pas un jour de fatigue extrême ou d’ennui ou sous la contrainte. Par exemple, les seuls Nothomb que j’ai lu ont été indigestes et je me suis demandée : mais qu’est-ce que ça fout dans les rayons de la Littérature bordel ? J’ai peut-être raté ses réussites, j’en conviens, un auteur peut rater un livre et réussir un chef-d’oeuvre à côté. Tout cela pour dire que ce qui me dérange ce n’est pas la romance ou le feel-good en soi, ce sont les mauvaises romances (« Coeurs effacés » d’Ellyne Aims est par exemple une romance contemporaine qui je pense peut vraiment apporter des choses à des adolescents, faire réfléchir et dépasser le côté « tout est beau et gentil ») et les mauvais feel-good. Je te rejoins donc sur le fait : s’il vous plaît MOINS DE GUIMAUVE et plus de littérature et/ou de réflexions sur la vie ! Par contre, oui les feel-good ou les romances ont des schémas convenu et trop vu… mais c’est aussi le cas de la littérature blanche ou des romans d’imaginaire ! Le problème, c’est que l’édition ne cherche pas à faire du nouveau (trop risqué) et préfère publier des copies d’autres romans. C’est pour cela que j’aime lire des romans de petites maisons d’édition : les histoires y sont parfois plus audacieuses en terme de construction narrative et on peut être très surpris ! Mais comment faire comprendre au monde de l’édition d’arrêter les recettes et de faire du neuf ? PS : Quel livre as-tu lu de Foenkinos ? Je n’aurais pas classé cet auteur dans « feel-good » 🙂 Mais je n’ai lu qu’un seul de ses livres pour le moment.

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    1. Je parie que tu as lu La Délicatesse à moins que ce soit le Potentiel Érotique de ma Femme ! Le feel-good est un sac fourre-tout où l’on glisse les écritures faciles qui cherchent à plaire et parfois complaire à un public qui n’a pas envie de se prendre la tête et qui veut une histoire avec une happy end qui lui donne la pèche ! Plus deux trois messages de développement personnel afin d’amortir l’achat. David Foenkinos a donc une place méritée dans le sac mais comme ce soir je suis de bonne humeur je t’accorde qu’il soit sur le dessus du panier ! 🙂

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      1. Non je n’ai pas lu ceux là, j’ai lu Vers la beauté, seul titre qui pouvait m’attirer, tu aurais dû t’en douter 😉 Je ne l’ai pas trouvé « feel-good » même si certaines choses entraient dans le cadre du « prévisible ». Je l’ai chroniqué d’ailleurs 🙂

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    2. Concernant la femme au chapeau, si on n’aime pas son premier livre publié « Hygiène de l’assassin » il faut arrêter de la lire, limite arrêter de lire ! 🙂 Elle en a écrit plein de bons plus tard et les mauvais sont en minorité. Après ce n’est pas non plus Colette ou Georges Sand. Ce n’est pas non plus du feel good alors respect pour elle dans ce monde littéraire où neuf publications sur dix sont des guimauves bouseuses.

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      1. Non je n’ai pas lu celui-ci. J’ai lu celui sur les livres qu’on brûle, et ça a tourné au petit drame sexuel trio amoureux : c’était affligeant ! Mais les amoureux de Nothomb m’ont déjà dit que je n’avais pas lu les « bons ». Toutefois je n’aime pas plus les happy-end que les romans provocateurs ou faussement pervers pour vendre son petit lot de de drame aux sadiques ^^ Peut-être ne parviendrons nous pas à nous rejoindre sur Nothomb ^^

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  5. Ce semblant de littérature emmène les lecteurs dans un monde irréel, il lui offre une vie rêvée où tout va bien loin ces tracas du quotidien. La parfaite littérature pour s’évader et refuser de faire face à ses problèmes ! Voilà une pseudo littérature sans aucune profondeur,, sans recherche, avec un style qui ressemble beaucoup aux autres auteurs de romans « feel good ».
    Bref une littérature « Bisounours » où tout va toujours bien. Des auteurs et des lecteurs qui font la fortune des éditeurs qui ne feront aucun effort pour trouver de vrais auteurs qui sortiront de ce type de littérature, des éditeurs qui préfèrent continuer à éditer ces auteurs qui pondent un livre à l’année parce que ça rapporte gros et que les lecteurs ne se sont pas encore aperçus que toutes ces histoires se ressemblaient et avaient la même trame.
    Finalement, ces collections sont les « bibliothèques roses » et « bibliothèques vertes » pour adultes, des livres qui payent en enrichissant auteurs et écrivains mais pas les lecteurs.
    Tu l’écris avec justesse, cette littérature est une littérature chargée d’édulcorants, d’arômes artificiels, de colorants, d’acides gras, d’émulsionnants, de solvants. Elle est aussi chargée de tranquillisants, et d’antidépresseurs mais il est certain qu’elle n’aura jamais les effets d’une doses d’amphétamines sur ses lecteurs.

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  6. Coucou ! Merci pour cet article, très intéressant, et qui a le mérite de faire réagir 🙂
    Pour ma part, je suis libraire et on me demande souvent des livres légers, « pas prise de tête », surtout pour les vacances, mais pas que. Et force est de constater que certaines personnes (loin de pouvoir prétendre au young adult, soit dit en passant :p ) ne liraient pas autrement. Comme celles qui se sont mis à lire avec les 50 nuances et se sont « arrêtées » au rayon romance/érotique. Même si j’ai parfois du mal à parler de littérature, le principal, c’est que ces personnes lisent. Je suis une grande fan de littérature classique, je lis de tout grosso modo, et parfois (rarement, c’est vrai), un petit « feel-god » m’attire. Bon, après j’ai mes critères, il ne faut pas que je lève les yeux au ciel ou râle trop :p parce que parfois, comme je ne sais plus qui le disait plus haut en commentaire, certains sont quand même bien tournés, pas trop prévisible, et font même réfléchir.
    Bon, par contre quand je passe devant le rayon « roman coach » de ma collègue à la librairie je soupire souvent bruyamment, parce que oui, souvent tout se ressemble. Oui, il en faut pour tous les goûts, et effectivement, certains romans devenus classiques aujourd’hui ne trouveraient peut-être ni éditeur ni public aujourd’hui, mais en tant que lectrice et libraire, rien ne me fait plus plaisir que quelqu’un qui lit, qui s’éclate dans sa lecture, et qui aller, soyons fou, va parfois mieux avec un bouquin, quel qu’il soit ! 🙂

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    1. Bonsoir que ces personnes lisent ou pas me fait une belle jambe car je ne suis pas libraire mais auteur ! Si elles lisent que du feel good et c’est souvent le cas alors les éditeurs ne publieront que cela et les libraires ne vendront que cela plus quelques classiques. Qui sera perdant ? Les auteurs qui arrivent et qui proposent autre chose !

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  7. Un bon livre c’est comme un bon vin. Pourquoi se contenter de boire léger alors que nous pouvons déguster savoureux ?Pour Foenkinos, je n’ai lu que « Charlotte » que j’ai aimé. D’autres sont certainement plus commerciaux.
    Je vois les romans aux visuels édulcorés qui envahissent les rayons des librairies. Une mode qui peut s’éteindre aussi vite qu’elle est arrivée.

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