« Qui cherche l’infini n’a qu’à fermer les yeux. » Ajouter une millième critique de ce livre incontournable n’aurait aucun intérêt. Pas le choix, il est nécessaire de prendre la tangente, d’attaquer en biais par la face nord. Je souffrirais de ne pas être léger. Dès lors que nous avons un public, plus rien de ce que nous faisons n’est vrai. Faire comme si je ne l’avais pas lu est une bonne idée mais m’entraînerait inévitablement à parler de l’insoutenable lourdeur de l’être. « Il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. »

La bande des trois

C’est faux. Monsieur Milan Kundera j’ai eu la même interrogation existentielle avant de faire la critique de « La Métamorphose » de Kafka. Pourquoi passer après mille autres ? La métapsychomachinchose, c’est bien de Kafka ? Serait-ce de Zweig ? Je ne me souviens jamais, c’est dire la qualité de la critique que vous allez lire ! A la Nietzsche ! Toutefois je prépare soigneusement mes propos, rien n’est hasard sauf quand j’improvise et j’improvise tout le temps. Regardez ce ciel brumeux, c’est moi qui viens de le dessiner ! Ressentez-vous l’émotion du premier jet ? Oui non ? Cher vous, imaginez ce grimpeur hors pair atteignant le plus haut sommet de sa carrière ayant soudain une envie irrépressible ! Il dénoue lentement sa combinaison, un crochet, deux crochets, une braguette, deux braguettes, il sort son petit oiseau frigorifié et soulagé pisse contre le vent. Lui qui avait préparé une bouteille de champagne pour célébrer son arrivée, en guise de bulles il se prend des litres de jus d’alpiniste !

Improviser

Oui j’improvise. « Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est la vie même ? C’est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même « esquisse » n’est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l’ébauche de quelque chose, la préparation d’un tableau, tandis que l’esquisse qu’est notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau. » En aiguisant mon crayon je vois par la fenêtre un monsieur obèse qui mange un sandwich en traînant un chien en laisse. Le monde est mal fait c’est le chien qui devrait le tirer. Mais il est riquiqui. Ou alors si l’insoutenable légèreté du chien lui permettait de se transformer en montgolfière alors le monsieur obèse le suivrait dans les airs et l’affaire serait réglée ! Mais le chien préfère flairer le bas des poubelles plutôt que de jeter vers le ciel un regard inquisiteur. Angel-A s’est fait la malle ! N’est pas zeppelin le premier canin taquin qui ouaouate. « Notre vie quotidienne est bombardée de hasards, plus exactement de rencontres fortuites entre les gens et les événements, ce qu’on appelle des coïncidences. » Mais là rien. Aucun super héros pour désembrouiller la situasse. Le monsieur obèse continue de manger et le chien affamé de regarder. Personne ne regarde le chien or nous avons tous besoin que quelqu’un nous regarde, observe Milan qui lui n’en perd pas une miette.

Les émotions intimes

Quel est le point commun entre Zweig, Kafka, Kundera, les trois grands ? Ils dépeignent à merveille les émotions intimes, celles que l’on parvient à peine à extérioriser sur son clavier intime dès qu’elles naviguent sur les flots de l’illusion. Ils savent nous mêler aux drames en nous laissant mieux qu’un strapontin. Néanmoins peu m’en chaut de l’invasion russe en Tchécoslovaquie en 1968 et des chirurgiens déprimés par le communisme. Ce qui m’intéresse dans le discours de Kukunde… c’est le style, les sensations, les petites phrases qui font mouche. Je les chope au vol ! Comme celle-ci : « Lorsque le cœur a parlé, il n’est pas convenable que la raison élève des objections. » Si je laisse mon cœur parler est-ce que cette critique sera aussi légère que moi-même ? Chachépachur. « Insoutenablement légère, légère comme un duvet, comme une poussière qui s’envole, comme une chose qui va disparaître demain« . Lire un livre et en faire la critique, c’est la même différence qu’entre faire l’amour avec une personne et dormir à ses côtés. Pourtant dans les deux cas c’est le lecteur qui ronfle.

Un titre qui clignote

C’est surtout le titre qui m’a attiré. L’action dans ce livre d’amour (?) est peut-être légère mais qu’est-ce qu’elle est lente ! J’ai eu le temps de divorcer trois fois ! Aussi lente que l’arrivée du bonheur quand tu es habitué à manger des nouilles tous les soirs et que tu regardes le journal de vingt heures plutôt que ta meuf dont tu ne te souviens plus du visage. Nous plongeons dans le royaume des impasses pour nous réveiller devant la sortie du labyrinthe. Ah non ce n’est pas la bonne porte ! Ok on repart. C’est lent. Lent. Il y a un gros coup de suspens page 36 ou 68 je ne sais plus quand le vent claque une porte de la maison. Erreur c’est l’armoire où l’on range les draps ! Mettre sur la platine une valse de Debussy nous achèverait. « Son drame n’était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s’était abattu sur elle, ce n’était pas un fardeau, mais l’insoutenable légèreté de l’être. » Je suis sorti de l’histoire à peine les premières pages pour ne jamais y retourner. Je crois que j’ai arrêté avant la page 36 en feuilletant le reste. Je devrais me taire donc. Or si la Terre s’arrête un jour de tourner parce qu’elle n’a rien à dire nous serions drôlement avancés !

Nowowak

2 commentaires sur « « L’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera, 14/20 »

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