Ma bonne conscience me perdra

Danger où je vais mettre mes pattes. Je m’approche de ce livre encensé par la critique de presse et par l’opinion majoritaire, laquelle est un jubilant critère de qualité comme tout le monde le sait. Ce livre provoque visiblement un Himalaya de louanges. Tout le monde aime et je vais mettre mon bazar dans cette bien-pensance ?
« Les lecteurs ne sont pas des hallucinés, ils ont le droit d’aimer« , me souffle ma bonne conscience. « Mais non ce n’est ni un livre banal ni un feel good de plus, c’est bien mieux que cela« , ajoute-t-elle. « Mais non ce n’est pas convenu, après la page 36 le suspens est à son comble, les sauts de lignes aussi c’est vrai, les clichés abondent c’est vrai, l’ennui guette les adeptes de Zweig c’est vrai, mais la littérature facile a le droit d’exister« , conclue-t-elle.

Parfois je le demande si ma bonne conscience n’est pas plus vache que moi ! N’étant pas sadomasochiste, j’évite ce genre de livres qui vident la tête sans la remplir. Chacun ses goûts et mes exigences sont au-delà de mes excès ! J’ai noté que sur ce site ceux qui n’aiment pas un livre en font rarement le commentaire. Lâcheté que je n’ai pas, n’allez pas me reprocher mon ton décalé, mon inconscient courage ! Ne dire aucun mal truque les statistiques et montent en épingle des machins avec des pages qui seraient plus à leur place dans la cambuse d’un chalutier à côté des torchons. Je ne dis pas ça pour l’auteur que je respecte infiniment lui et ses serviettes toutes propres.

Sirop de grenadine

Fierté de la Compagnie des Feel Good, ce sirop de grenadine possède tous les symptômes. Nouvel avatar de la littérature décadente qui un jour dissuadera les éditeurs de vendre de vrais livres, il s’agit d’une écriture exaspérante qui trouve son public. Les lecteurs qui ne s’exaspèrent pas face au fade, au convenu, au cliché, au peu crédible comme ce gosse de huit ans qui parle comme Charles Baudelaire auquel on a envie de foutre des claques. Rien n’est plausible dans ce mille-feuilles.
« C’est un conte, me souffle ma bonne conscience. Un peu de tolérance chacun ses goûts ! » Tiens je l’avais oubliée celle-la ! « Un roman pour young adults ou oldies tired… vaut mieux qu’ils lisent cela plutôt que rien« , ajoute cette concierge avec un bon sens qui me scie. A force de traîner dans les étages, elle a des courants d’air dans le ciboulot. J’hallucine ! Un premier roman qui trouve sa voie et décroche le bandeau de « révélation de l’année » en battant les records de vente ! « Tu es jaloux, tu n’as qu’à faire pareil, au lieu de dire du mal de tout le monde« , me serine ma bonne conscience tandis que je rêve de l’empailler.

Pas tout à jeter

Je vais être bon prince et reconnaître qu’il existe quelques passages marrants (voir plus bas) sans toutefois mériter de claquer vingt balles. Je ne ferais pas l’injure de citer les passages horripilants, d’abord parce qu’ils sont trop nombreux et ensuite parce que mon reproche tient sur le fond et la forme et non sur les détails.

– Pauline, où sont mes espadrilles ?
Et Maman répondait:
-A la poubelle, Georges ! C’est encore là qu’elles vous vont le mieux !
Et Maman lui lançait:
-Georges, n’oubliez pas votre bêtise, on en a toujours besoin !
Et mon père répondait:
-Ne vous en faites pas, Hortense, j’ai toujours un double sur moi !

– Mon petit, dans la vie, il y a deux catégories de personnes qu’il faut éviter à tout prix. Les végétariens et les cyclistes professionnels. Les premiers, parce qu’un homme qui refuse de manger une entrecôte a certainement dû être cannibale dans une autre vie.
Et les seconds, parce qu’un homme chapeauté d’un suppositoire qui moule grossièrement ses bourses dans un collant fluorescent pour gravir une côte à bicyclette n’a certainement plus toute sa tête. Alors, si un jour tu croises un cycliste végétarien, un conseil mon bonhomme, pousse-le très fort pour gagner du temps et cours très vite et très longtemps.

L’ordre nouveau

La littérature de qualité n’est pas toujours accessible à tous, tout le monde n’est pas allé au lycée ou à la Fac certes. Mais promouvoir en force ces pseudo-livres fait mal aux saints. On a envie d’invoquer Audiard et d’imaginer que si les moutons lisaient eh bien les éditeurs vendraient du foin ! Au temps de Musset ou de Baudelaire l’inculture était plus grande qu’aujourd’hui pourtant on ne sortait pas en librairie des livres simplifiés pour éviter les efforts. C’est avant tout le fruit d’une société de lobbies et de publicitaires qui vantent la facilité comme zone de confort. Société de l’image, de l’immédiateté où l’effort est banni, la réflexion interdite et ça c’est un phénomène qui craint !

L’élan collectif

Cher Vous, lecteurs chevronnés mes frères, amateurs d’OVNI, gardiens de vaches, apôtres du marketing, patrouilleurs d’azur, humains, humaines, je resterais uniquement sur des ressentis face à cette légère imposture littéraire si vous le voulez bien ! Ce n’est pas mon genre de me gâcher davantage de merveilleux moments de ma vie en travaillant d’arrache-page. Je ne chercherais donc pas dans mon Sainte-Beuve ou dans mon Emile Ajar une argumentation béton, en démontant l’outrecuidance de ce lourvrage et du monde mediatico-pseudo-littéraire qui cherche à nous vendre des pavés indigestes déguisés en pseudo-chefs-d’oeuvre ! Vos orgasmes sont perturbants. Je suis persuadé qu’il existe un grand nombre de lecteurs non frigides n’ayant pas du tout adhéré à ce roman monumental. Trop de pudeur, la crainte de passer pour un vilain petit canard et d’affronter la basse-cour pinailleuse ? Laquelle assemblée charitable jouit de son unanimité et jette volontiers des pierres à qui déroge aux vents d’éloges.

PS : Au pays des livres, je respecte toutes celles et tous ceux qui ont aimé ou adoré cette lecture. Je ne fais qu’exprimer un ressenti qui n’est pas une vérité.

Nowowak

7 commentaires sur « « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut, 6/20 »

  1. J’aurai dû me méfier. Un ouvrage encensé de cette manière là, par les temps qui courent, c’est louche!
    On ne va pas dire que c’est mauvais, on ne va pas dire que c’est bon. On va dire que c’est un essai.
    A l’école on aurait dit moyen, peut-être passable. Pas un livre dont je me souviendrai. Sauf peut-être pour les quelques passages que tu cites, peut-être pour l’idée au fond, originale, complètement barrée.
    Le problème et moi c’est ce qui me fait le plus de peine c’est que cet écrivain se voit peut-être désormais comme un grand alors même qu’il fait ce que nous essayons tous plus ou moins de faire – écrire quelque chose qui a du fond, du sens, qui interpelle, qui touche, qui émeut, qui fait vibrer…

    Aimé par 1 personne

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