Jules Farges (1884-1920) fut emprisonné à l’âge de quinze ans pour un délit bénin qu’il n’avait pas commis. C’est là, en prison, qu’il commença à écrire ses premiers vers. Derrière ses barreaux, victime d’une injustice qui le condamna à trois mois de réclusion malgré son jeune âge, il exprima ses songes et ses rêves d’adolescent meurtri sur plusieurs cahiers d’écolier. Il nomma ses textes ses « horizons d’illusions », poèmes que seuls des privilégiés peuvent découvrir aujourd’hui car son œuvre posthume ne fut jamais proposée à un éditeur.

L’infini se lit dans tous les sens y compris à l’envers,
Nul ne se connaît tant qu’il n’est pas attaché à des fers !
La droiture entre des murs atteint les plus hautes vertus,
Au silence de la conscience jamais l’âme ne s’habitue.

Le célèbre peintre Claude Monet devint son protecteur après l’avoir rencontré par hasard dans un bistrot où il écrivait quand il ne faisait pas les quatre-cent coups. Jules Farges avait alors trente ans et vivotait en s’aidant de petits larcins. Le peintre vouait une grande admiration pour le talent d’écriture du jeune homme. Hélas les événements furent bousculés suite à une arrestation et une accusation très grave, le jeune poète devenant le suspect numéro un dans un crime crapuleux qui avait défrayé la chronique. Le peintre lui rendit souvent visite en prison mais le jeune poète refusa à maintes reprises qu’il peigne son portrait tant qu’il serait enfermé. Lui qui détestait la violence il croyait fermement à sa libération. Il remplit de nouveaux cahiers d’écriture que lui apportait Claude Monet. Le fondateur de l’impressionnisme risqua mille tentatives pour forcer l’administration à réparer son erreur judiciaire mais en vain. Le vrai coupable du meurtre dont Jules Farges était accusé courait toujours et un innocent dormait en prison.

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Orphelin très jeune, il fut recueilli par une tante acariâtre et un oncle peu présent qui firent leur possible pour l’élever mais avec une sévérité excessive qui l’entraîna à s’enfuir fréquemment de la maison non sans emporter tout l’argent qu’il put trouver. A quinze ans il était libre comme l’air. Libre d’être pauvre et sans personne pour l’aider. Il trouva de quoi s’abriter, il vola pour manger mais en faisant attention à choisir des victimes bien plus riches que lui. Ce qui certes n’était pas compliqué. Fatalement il allait se heurter à la loi et connaître la prison. À quinze ans il en paraissait vingt et pour faire l’aumône de façon honnête le jeune homme passait son temps à écrire des poèmes qu’il récitait à haute voix dans les courettes des maisons bourgeoises dont la plupart du temps il était chassé à grands coups de seaux d’eau. Le peu qu’il gagnait lui suffisait pour manger un jour sur deux.

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Jules Farges ne sortira jamais de sa prison. Il est mort au bagne de Toulon le 18 juin 1920 en se tranchant la gorge avec un rasoir dans sa cellule. Du moins c’est ce que dit la légende qui parla également d’un naufrage en mer où il aurait péri quelque années plus tôt. Le parcours épique et éphémère du jeune poète qui traversa la littérature comme une étoile filante est célébré chaque année par ses admirateurs sur la plage de Pornic, ville où il est né.

prison

Du haut de mes quinze ans j’ouvre songes et rêves
Mes lèvres scellées ne connaissent pas de trêves…
C’est une prison quand vous refusez d’être adulte
Et que durant ce temps les gens vous persécutent !

Je caresse mon chat qui devient mon unique horizon
Les barreaux le privent de tant de vaines illusions !
Pas de table en céramique pour qu’il se cache dessous
L’animal sceptique préfère largement mes genoux.

Je parle aux murs et la pluie tombe sur le sombre fort
Je me fatigue pour rien car la nuit tout le monde dort.
Les matons et les matous, la vie ne fait pas de tarifs…
Oublier la réalité serait la taillader à coups de canif.

Quand je m’allonge je ramasse des mouches mortes
Leurs vies se sont tues avant d’outrepasser la porte.
Dans quelles limbes vont-elles achever leurs périls
À mon image ces créatures rêvent-elles d’une île ?

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