Il était promis à un grand avenir. Les plus belles dames l’auraient dévoré des yeux lui qui prétendait qu’écrire de la poésie ne cherchait qu’à séduire son âme et celle des jolies dames. On l’eut reçu dans les plus belles cours d’Europe. On aurait appris ses poèmes à l’école. Une statue aurait été élevée dans plusieurs villes. Des rues auraient porté son nom. Les manuels d’Histoire ne l’auraient pas oublié. Il n’en sera rien. Jules Farges ne sortira jamais de sa prison.

Je ne peux vous désirer que toutes entières chères étoiles,
Il n’est pas dans mes coutumes de laisser le moindre voile.
J’aime tout et tant de vous, si je le crie sur les toits du ciel,
N’est-ce point pour m’étancher par les grâces de ce miel ?

barreaux NB

Dans un état de pur néant, se sentant faible et paralysé, obligé à des travaux stupides et épuisants, il n’en pouvait plus. Il paraissait dix ans de plus que son âge.

aaaaa

4

Le poète ne vécut pas toute sa vie en prison. Bien habile cambrioleur, il s’éclipsa plusieurs fois juste avant l’arrivée des forces de l’ordre. Il ne se faisait jamais prendre, jusqu’au jour où…

Dans cet enfer on oublie que l’être devant nous est humain,
Est-il encore vivant ce débris qui n’a plus rien de commun ?
Du chagrin assidu le condamné devient l’humble apprenti
La douleur est son lit de vaillance où il meurt en insoumis.

Entre vingt et trente ans, il rencontra la « vocation ». Pas des plus honnêtes. Il visita de nombreuses maisons de bourgeois la nuit venue. Il possédait un code moral assez élevé malgré son penchant pour le vol et ne prenait sur place que le juste nécessaire. Sans jamais rien casser sans jamais agresser qui que ce soit. Il laissait toujours un gentil poème avant de quitter les lieux.

5

Cependant la justice protège ses enfants les plus aisés et l’addition fut lourde quand on l’arrêta après ses méfaits. On l’emmena au bagne de Toulon dont il ne put cette fois s’échapper si l’on excepte son ultime voyage pour l’au-delà.

Personne ne surgit au monde pour achever ses jours ici,
Nul ne rêve de taudis mais plutôt d’océans et de prairies.
Dans la lutte, la défaite nous révèle mais le combat perdu
C’est à l’ombre du désespoir que le défunt s’éveille éperdu.

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