J’ai un peu de mal avec les « beaux livres » écrits en marge d’une carrière bien remplie. Cela sent le redressement fiscal ou le séjour à Bali. Cela sent le réchauffé et la facilité. Que nenni ! Mes préjugés me seront fatals (ou fato, comme vous voulez). Ici l’auteur défend une noble cause. Les droits partent directement vers une oeuvre humanitaire : « La Cimade« .

Dans ce court récit d’une trentaine de pages non numérotées (j’ai dû toutes les compter, effort méritoire), je suis d’abord ébloui par le talent prodigieux de l’artiste londonien Dan Williams dont chaque illustration est un tableau merveilleux qui aurait sa place dans n’importe quel musée ! C’est plutôt le texte qui semble assujetti aux images, nonobstant mon immense respect pour cet excellentissime auteur.

Le récit est inspiré par l’histoire effroyable d’Alan Kurdi, petit réfugié syrien de trois ans qui s’est noyé dans la Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe avec son père. C’était en septembre 2015, le livre a été publié fin 2018. Lorsque l’on connaît ce préambule, on ferme les yeux sur un style un peu trop sobre, descriptif, factuel dont le panache ne se réveille que dans les dernières lignes. C’est sans doute voulu. L’auteur s’efface devant le drame et prête sa plume afin de rendre hommage aux réfugiés et non pour les asservir une seconde fois.

Sur un vol de mouettes au-dessus d’une mer noire, le père de Marwan murmure à son enfant qu’il est « une cargaison précieuse, la plus précieuse qui ait jamais existé. » Il prie pour que la mer le sache. Inch’Allah. Les dieux ont dirigé le destin vers la mort d’un enfant qui s’ajoute aux milliers d’âmes disparues en mer en tentant un voyage vers une nouvelle terre promise. Pas une phrase n’est plus haute que l’autre pour décrire ces vagues humaines qui subissent la furie des guerres et la fureur des éléments.

C’est avec tact et douceur que l’auteur conte sans emphase cette nuit fatidique sur une plage éclairée par la lune. Le père berce son fils en attendant l’aube et l’arrivée d’un bateau. Il lui parle de sa mère, de sa famille, de son passé, brisés telle une rumeur éteinte. Le ciel s’est mis à cracher des bombes entraînant tout un peuple dans la faim, les cimetières, l’exode. La fumée a tout envahi, même le bleu est noir. Les maisons se sont transformées en cratères, le rouge vif repeint les murs. Dans cette avalanche de fissures, ils ont fui tous les deux, laissant derrière eux les morts qui brillent de moins en moins au soleil.

Une ombre bienveillante, la lune peut-être, s’approche pour caresser les traits fins et les paupières de l’enfant endormi.  « Tout ira bien » dit-elle au petit assoupi à côté de son père, dans un sommeil innocent. Mais la mer est profonde et vaste. Elle nous rend tous impuissants, pensent les réfugiés. Par-dessus le bruit de l’océan, la voix de la mère flotte, s’élève. Parmi mille, elle reconnaît les pleurs de son enfant et lui murmure à l’oreille des paroles réconfortantes. Sa maman est là. Son petit va lui aussi emmener son malheur ailleurs.

Nowowak

4 commentaires sur « « Une prière à la mer » de Khaled Hosseini, 16/20 »

    1. Livre réservé à la médiathèque. Le vigile me pose plein de questions, me demande de montrer patte blanche et de suivre les flèches vertes. La préposée me regarde comme si j’étais un terroriste et d’un air contrit me confie l’ouvrage en exigeant que je le passe devant l’écran laser afin d’éviter toute contamination de nature délinquante. Je rentre chez moi en rasant les murs. Je me terre pendant deux semaines, je ne réponds plus au téléphone et je découvre ce livre tant attendu.

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