Gene ne voit défiler que le rêve inlassable d’une main qui court sur le papier en laissant derrière son passage les caractères fins et appliqués de sa propre écriture. Une écriture lente d’enfant consciencieux. Point. Il relève la tête.
La feuille est vide, le rêve mort.
Le stylo retombe avec un bruit sec sur la table. L’angoisse lui serre les tempes ; il n’a écrit que la peur blanche du blanc sur le blanc, que la peur vide du vide sur le vide… Que fait-il de sa vie, de son espoir et de son désespoir, que fait-il de ces heures qui se traînent ou s’enfuient, de ces jours dont le sens est justement de n’avoir plus de sens, de cet espace dans lequel il s’emprisonne afin de chercher en vain un absolu dont il n’a pas le courage…

Le stylo, lui, n’impose rien. Il revient en arrière, raye, barre, modifie, embellit. Il n’a pas cette assurance prétentieuse, il vous laisse le choix. Les pages dactylographiées sont trop rigides, trop définitives, il n’a pas le souvenir de les avoir créées, et ces phrases, il ne s’y reconnaît pas. Y écrire quelque chose lui donne l’impression de déformer une autre pensée que la sienne, de défigurer le visage d’un personnage peut-être parfait, de plagier.

 

2 commentaires sur « L’extrait du mardi #60 »

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