L’écrivain aux cheveux sales frappe fort. Ses rêves de famine dans des paradis tropicaux et ses gavages d’outres rances ne mènent pas forcément au sarcasme habile et au cynisme dont il espère être un représentant et dont il fut effectivement un beau mètre étalon dans d’autres récits plus probants. « Je n’en demandais pas tant. Tout ce que je voulais pour l’instant c’était un honnête body massage, suivi d’une pipe et d’une bonne baise. » Je ne suis pas convaincu que ce livre ait été écrit pour dénoncer quoi que ce soit. Cela ressemble davantage à un élargissement hormonal des fantasmes méphitiques d’un esprit en proie à des pulsions immorales. Je n’ai rien contre la liberté d’expression mais ces penchants n’entrent pas dans mon champ de vision et je n’arrive à m’identifier à aucune ligne, aussi maigrelette soit-elle, durant la visite de cet habitacle papivore.

Selon ma perception qui est entièrement personnelle et revendicatrice de rien du tout, dans ce livre Michel Houellebecq nous inflige des descriptions ennuyeuses empruntées à un guide touristique éculé, déniché dans une bouquinerie moscovite, ainsi que les repères sociétaux affligeants d’une bourgeoisie décadente, un luxe de digressions économiques qui donnent envie de mourir, des caricatures de beaufs plus tartes que nature, des galipettes pédofiliennes dont on se demande s’il fut l’observateur documenté ou le spectateur assidu. Notre charmant malfaisant semble se faire l’apôtre d’un ennui croissant. J’ai toujours beaucoup de mal à finir ses livres et celui-ci je peine à parvenir à la page 100.

Le sexe jusque la nausée, il en parle dans tous ses livres qui sont généralement remplis de queues, de couilles, de trous, de filles soumises aimant les jupettes et les dépressifs imbibés, par définition hypocondriaques et cyclothymiques. Une obsession frustre l’agite, laquelle ne peut que difficilement échapper au cliché du caractère autobiographique fantasmé ou non. Ne semble pas anodin d’inventer des personnages amollis, désabusés, égocentriques, égrillards, toujours prêts à tartiner de sperme la première créature qui passe. Au bout d’un moment trop c’est trop, Mister Houlebite. Un peu fatigant pour le lecteur d’être tenu de psychanalyser son auteur sans que celui-ci ne l’emmène dans des summums de la littérature.

Est-il faussement provocateur, est-il un imposteur responsable de ce qu’il n’écrit pas entre les lignes ? Houellebecq profite du désert littéraire qui s’abat sur le monde de l’édition pour tirer son épingle du jeu. Néant absolu où n’émergent que peu d’auteurs dignes de stimuler le discours. Depuis Céline on ne sait plus écrire. Celui qui arrive à pondre deux phrases décalées passe pour un dieu. Hélas il n’est pas facile de renoncer de céder aux facilités et d’éviter de se répéter. On se traîne. Les industries métallurgiques, le minerai de fer, les firmes japonaises, je m’en siphonne le citron. Toujours l’impression qu’il y a cent pages de trop dans les romans de Michel Houellebecq. Au bout d’un moment ras la soupière des seins ronds et bruns, gonflés par le désir, des vulves accueillantes, des fesses parfaites de déesses qui brodent des confessions que l’on s’arrache sous le manteau. J’ai trouvé cette propagande vide de tout contenu susceptible de faire frétiller mes neurones. Aussi intéressant qu’un livre de Gabriel Matzneff.

Néanmoins je garde courage et je continue d’explorer le monde houellebeckistanesque tout en déplorant la psychologie de son auteur qui vit dans un monde qui le dégoûte sans jamais mettre le doigt sur ce qui existe de beau et de noble. C’est sans doute rigolo de décrire des salauds, des enfoirés, des cons, des ratés mais au bout du compte cela manque cruellement d’humour, de tendresse, de fraternité, d’espoir. Que l’on soit pessimiste sur le monde ok mais que l’on soit dans cette attitude sur soi-même eh bien son écriture risque de tourner en boucle. Houellebecq porte en lui une réelle créativité mais son monde est mort. D’une noirceur extrême. Seuls ses livres le tiennent en vie. Quand va-t-il boucler la boucle et ouvrir la porte sur une étincelle de bonheur ? Ce mot est inconnu de son vocabulaire. Je n’ai pas toujours envie de lire ça. Houellebecq est à classer au rangs des auteurs misogynes et misanthropes qui vous donnent plus envie de sauter d’un ravin que de cueillir des fleurs.

Nowowak

12 commentaires sur « « Plateforme » de Michel Houellebecq, 10/20 »

  1. Bonjour,
    Tu décris avec brio tout ce que je ressens à la lecture de cet auteur.
    Par curiosité un jour j’ai emprunté à la médiathèque ce livre Plateforme.
    Comment dire?
    Je trouve son écriture glauque et insupportable…Je crois que je n’ai pas pu dépasser la 15 ième page.
    Si le propos est de décrire les errances sexuelles de vieux mâles libidineux en quête de chair très fraîche, c’est pas pour moi, il me dégoûte, sa plume me dégoûte.
    Dans son œuvre les femmes sont chosifiées. Je sais qu’il a de gros soucis relationnels avec sa mère, mais ce n’est pas une raison pour les passer toutes au rouleau compresseur.
    Comme tu dis si bien, pourquoi ne pas placer son prétendu génie littéraire dans les jolies choses, au moins une fois ? Histoire de voir …
    Cela n’arrivera pas, je pense que cet homme a un ego monstrueux, qu’il cours derrière la gloire et cherche à construire son propre mythe. Il y a quelque chose de malhonnête derrière tout ça.
    D’insincère. Comme un calcul.
    Tant pis je reste avec mes grands auteurs, Dostoievski, Vian, Gogol, Tesson, Kafka…
    Bonne journée
    Corinne
    P.S: j’ai corrigé la faute à mardi…par moment je me fais honte😆

    Aimé par 3 personnes

  2. La critique me semble assez juste. Mais je trouvais que Soumission échappait à cette overdose « des salauds, des enfoirés, des cons, des ratés » pour traiter un sujet intéressant par un récit court échappant pour une fois aux multitudes de détails digressifs et outrageusement sexués, sans toutefois ouvrir la porte à « l’humour, de tendresse, de fraternité, d’espoir ».

    Aimé par 3 personnes

  3. Salut
    Une chose est sûre, ta grande sincérité ne donne pas envie de lire cet auteur.
    Ta critique est cependant ambivalente parce que finalement, j’ai quand même envie d’en lire ne serait ce qu’un extrait pour percevoir la psychologie de l’auteur.
    Si je le trouve à la bibliothèque, je m’y plongerai probablement.
    Merci pour ton retour d’expérience.
    Je te souhaite une excellente journée

    Aimé par 4 personnes

  4. Je crois bien que son état dépressif l’empêche de distinguer toute beauté, cependant il peut être drôle (à son corps défendant), dans le film (Thalasso… On y voit l’étendue de sa dépression, il y a Depardieu aussi bien ancré dans la vie, le verre à la main, et d’autres moments complètement délirants), quant au livre Plateforme il m’était tombé des mains, je n’ai pas insisté… Très bonne journée

    Aimé par 2 personnes

  5. Ta critique est tellement bonne, que cela donnerai envie de le lire, tu es bon dans ce domaine, et pourtant c’est un auteur que tu aimes bien et ta note juste moyenne montre que tu es impartiale.

    Aimé par 1 personne

  6. « Houellebecq porte en lui une réelle créativité mais son monde est mort. »
    Oui c’est exactement cela. On le ressent aussi dans ses poèmes. Il est enfant de sa génération, qui a laissé tout partir à vaux lot, même la littérature, la création, la politique, surtout la politique qui est de mettre en commun nos questions pour donner une réponse provisoire et contingente au lieu.
    Il a refusé de voir que l’intelligence collective est faites des montagnes de nos questions qui finissent par dessiner un paysage.
    Les autrice et auteurs d’aujourd’hui se doivent de s’adresser à nouveau aux classes populaires et moyenne, ensemble, pour détruire le A majuscule de l’art, qu’il redeviennent l’invention de la main, comme la littérature redeviendra humblement l’invention des mots !
    Houellebecq était le seul de sa génération qui avait quelque charismes en littérature. Les autres n’était que bourgeois.

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