Malgré la peur qui me tenaille au corps et l’inquiétude du mystère qui m’entoure, la nuit m’a emporté une nouvelle fois dans les plis de sa peau irrégulière. Quand je m’allonge, les yeux pâles, à bord de vaisseaux dont l’humeur est vagabonde, cherchant ma respiration, fuyant mon destin ouaté et floconneux, j’ouvre des fenêtres sur le noir, alors qu’auparavant ces songes étaient teinté de blanc de toutes les couleurs. Pareil aux blessés qu’écrasent les survivants, je crains le sabot du cheval sur mes membres brisés.

Personne ne peut lutter contre le besoin de régénération. Chaque jour c’est pareil, recharger la pile est nécessaire. Contrarier son indépendance à l’indépendance. Accomplir son devoir. Tout le monde y passe. C’est notre karma. Tout le temps libre se consume dans cette exigence qui ruine les espoirs de créativité et d’appétence mais qui nourrit le corps et soigne les maux invisibles. Arrêt sur image. Quel gâchis pour ceux qui n’ont pas la patience d’attendre l’aube et qui craignent un ciel bourbeux et noir. Rêvons aux découvertes qui seraient faites si ce bâton nocturne ne viendrait pas se flanquer dans nos roues ?

— Eh oui Capucine, même toi tu dois y passer.

Cet asservissement irremplaçable démontre que nulle espèce sur terre n’a de pouvoir. Nous sommes tous égaux dans cette existence soumise. Certains animaux davantage d’autres moins mais cela revient au même. Aucun libre-arbitre face aux lois de la nature. La volonté, les sentiments ou les émotions représentent une cause directe des comportements, mais ils sont réduits à néant quand le moment vient. La perturbation suprême. Une parenthèse, une absence qui au nom de l’immunité nous transforme en zombie, en pantin dérisoire.

J’ai rêvé que j’étais photographe professionnel de nuages. C’était mon métier. Je volais l’image des formes animales ou humaines dessinées dans les vapeurs d’eau célestes et des cristaux de glace avant qu’elles ne se rétractent et changent d’avis. J’immortalisais l’instant. Je capturais avec mon focus des moutons vaporeux flottaient en suspension dans l’air, leurs petites pattes séraphiques accrochées à d’autres cumulus ou divers stratus. Mes préférés c’étaient les Cirrus uncinus et les Altocumulus lenticulatis. L’azur était mon fonds de commerce. Des nuages comme s’il en pleuvait. J’exposais mon travail dans des galeries artistiques ayant pignon sur rue. Ce n’était pas un labeur plutôt un cadeau édénique déposé sur mon berceau par une fée admirable. J’étais payé pour contempler le ciel.

(Suite sur demande en pdf)

@brunosanmarco 2021 – tous droits réservés

5 commentaires sur « Le bleu du ciel n’est pas toujours gris (9) »

  1. J’adore le dernier paragraphe !
    Le plaisir du roman poétique et surprenant, me rappelant Malzieu.
    Ce n’est pas une comparaison, mais clairement un compliment.
    Comme j’avais osé écrire qu’en lisant Lemaître, je retrouvais les émotions de Zola.

    Aimé par 1 personne

  2. une info : on est a priori au 20ème siècle, je dirais même la 2ème moitié du 20ème siècle puisqu’il évoque la photographie comme une passion assez classique, dont l’accès est démocratisé. bizarre bizarre.

    Aimé par 1 personne

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