Ce serait un euphémisme de dire que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre que j’attendais avec impatience… depuis six mois. L’auteure argue du succès des vidéos postées sur YouTube qui attirent des floppées de gens qui n’ont à rien foutre chez eux. Des millions de curieux indiscrets. Bon sang, j’ai horreur du petit écran quand il a pour charge de niveler par le bas, de flatter les excès. Ce livre confirme mon dégoût pour cette attirance morbide et creuse. Je ne ralentis jamais en voiture quand je vois un accident.

Rien de nouveau sous le soleil avec cette histoire de rois mages (marchands du temple ?) qui apportent des colissimos à foison même quand ce n’est pas le 25 décembre. Dans le monde des vidéos Happy Récré c’est Noël tous les jours. Les enfants sont rois. Pauvres gosses lol, une vérité qui dérange : bien que très présents leurs parents ne sont pas des cadeaux. Ah ah ah. Pourquoi ce titre ? On le comprend mieux page 249 quand au comble de sa névrose mythomane et mégalomane Mélanie assure que ses enfants décident de tout et qu’ils sont ravis de faire tout ce qu’ils font. Tu parles Charles.

« Vous savez, chez nous, les enfants sont rois ».

Néanmoins l’histoire me rappelle que moi aussi (il y a fort longtemps) j’avais lancé une chaîne YT composée de petites vidéos marrantes. Vouées au bide je les avais appelées des « bidéos« . Mon record était de vingt vues pour la plus cotée. J’étais donc assez loin des stats affolantes des youtubeurs célèbres. Je sais ce que c’est d’aller à l’encontre (pim paf bing) du succès. Néanmoins je n’ai pas utilisé mes gosses pour ces déconnades. Seulement mon imagination. L’honneur est sauf. Je racontais par exemple le suicide d’une pomme de terre qui se jetait du haut d’une table de cuisine ou les déboires d’un cintre complètement cintré. Avec un peu de ténacité, je n’aurais pas fini loin des 7 milliards de vues et des 4 millions de commentaires de Luis Fonsi (Despacito).

Devenir célèbre parce que vous montrez des vidéasteries avilissantes et dégueulâches devant des millions de téléspectateurs me navre, dis-je avec dépit. Allez ! Je m’accroche à ma lecture en dépit de mon envie de changer de trottoir. Je me doute qu’à travers ce prétexte, il s’agit de cafarder une forme dégénérative de notre monde. Mes hublots fatigués tentent d’épouser voire d’épousseter un style que je ne reconnais pas. Eho ! Tu es où ? Elle n’est plus là. Je m’aperçois que l’on m’a volé ma Delphine. Où est-elle ? J’ignore qui sont les kidnappeurs. Sans doute une grosse demande de rançon va être exigée. Au secours !

Les premières pages abusent d’un ton journaliste, inodore, incolore. Il y a du mou dans la gâchette. Même quand le seul personnage vraiment attachant est évoqué, une policière pas très heureuse dans sa vie, l’émotion n’est pas là. Victime d’un syndrome de Peter Pan, Clara se dépatouille comme elle peut d’un monde trop grand pour elle et éclaire les chapitres. Heureusement cela décolle vers la page soixante. Allez ! On comprend que ce temps d’exposition a été consacré à la mise en place d’une intrigue policière. L’enquête démarre et nous voilà à bord d’un énième polar qui aurait pu être écrit par Tartempion. Je précise que je n’aime pas les polars. Ni les tartes en pions.

Pas de fulgurances, de métaphores, de rimes, on court sobrement à l’essentiel. Genre chameau à une bosse. Le récit d’un enlèvement. Rien de fracassant. Un fait divers sur fond de toile internaute. Le pouce en bas, le monde des réseaux sociaux en prend un sérieux coup dans l’aile au passage mais pas de quoi révolutionner l’audimat et les courbes de vue chez les fabricants de stories. Pour les sourds (allusion à la petite vieille de la page 96) qui n’entendent rien au cri des sirènes youtoubesques le propos demeure aussi infranchissable que le mur du son. Je trouve que l’auteure s’appesantit trop sur le pourquoi du comment du phénomène Happy Récré. On y revient sans cesse, c’est étouffant à force.

Nous sommes loin d’une « Chanson douce » qui évoque aussi l’indolence de parents un peu trop perchés. Slimani parvenait à nous choper au colbac sans nous lâcher. L’air de ne pas y toucher, Delphine de Vigan dénonce la marchandisation de l’humain et la stupidité de la société de consommation mais en nous gavant de couche-culottes et de peluches de marque. Les mésaventures de ces gosses hyper gâtés frôlent l’indigestion et enfientent du ridicule. DdVg relève sans toucher, elle trouble sans émouvoir. Le lecteur (moi en l’occurrence) reste sur le paillasson. Peut-être à cause de la façon artificielle d’avoir débuté le récit, à mon humble avis (que je partage avec moi-même) l’auteure ne parvient pas à déclencher l’empathie, ce qui fut sa force dans tous ses livres précédents à part « Les Gratitudes » que je n’ai pas aimé un peu pour des raisons similaires : trop d’éloignement avec mon monde personnel, trop de choses convenues, pas assez de surprises.

Les pages défilent, 120, 130, 140, je souhaite ardemment que Clara et sa clique de policiers asthmatiques découvrent le pot aux roses et achèvent mes tourments. J’espère que la chute mérite l’attente. Seul une fin moins moyenne peut sauver ce livre moyen. Hâte de fermer ce mini pavé décevant (petite averse d’étoiles) alors que j’attendais tant de l’auteur des « Jours sans faim » qui dans son dernier ouvrage me laisse sur ma soif.

« Acheter, déballer, manger sont les principales activités des enfants« . La phrase (page 163) qui fait mal aux saints. La profusion dans la confusion. Au lieu de servir de cobayes à la satisfaction oppressante du désir, on aimerait tant que ces chères têtes blondes et brunes et frisées s’amusent dehors, qu’ils courent, qu’ils s’éclatent, qu’ils rougissent et qu’ils verdissent sans écran interposé. Qu’ils jouent aux échecs, aux petits chevaux, aux dominos, aux osselets. Qu’ils jouent à la marelle, au ballon prisonnier, à la déli-délo. Purée de quinoa, Innocence corrompue à cause d’adultes indélicats. Putain de société qui prostitue les gamins qui joue à cache-cache avec l’intelligence.

Arrive la chute. Attention je vais gratter à la porte et spoiler en divulgâchant la fin que j’espère aussi revigorante qu’un bon verre de rhum après une avalanche. Genre Kimmy (la petite fille) a fait une blague et la vidéo passera le soir même de son retour sur M6. Ou alors c’est le Chevalier du Net (je l’aime bien le Chevalier du Net, il me rappelle Ludovic Torbey) qui a fait le coup. Ou alors ce sont des extraterrestres qui l’ont enlevée parce que là-haut ils s’ennuient. Ou alors la mioche s’est étranglée en mangeant des sucettes géantes. Ou alors la mère a tout rêvé, elle n’a pas d’enfants, elle n’a pas de mari, elle n’a même pas d’ordinateur. Ou alors c’est elle qui a kidnappé sa fille parce qu’elle en est jalouse ou pense faire encore plus de vues. Allez !

Page 190. Après mes pronostics débilo-délirants, maintenant la version Delphine de Vigan. Page 242, après avoir innocenté Greg on sent que l’institutrice est dans le coup. Roulement de tambour. Boum boum taraboum. Raté. Page 251, 90 broderies avant la fin, nous apprenons la vérité. Inattendue. Ah oui pas mal. Je n’y avais pas pensé. Forcément : le personnage n’était pas apparu. Bon ok je me laisse amadouer et j’ajoute une étoile de plus parce que le ravisseur est une femme qui ne voulait que le bien des enfants. Le livre aurait pu s’achever page 270 quand on apprend que Sammy, âgé de vingt ans, est devenu parano. Nouveau suspens : est-il devenu fou ou bien est-ce le monde qui l’est encore davantage ? De quoi alimenter un tome 2. La fin-bonus n’est cependant pas de trop. Elle enfonce le clou. Voués au silence les enfants devenus majeurs parlent et font le procès de leur mère. Un bon passage et de quoi reverdir le fleuron de ce livre qui au départ m’a refroidi. On retrouve le talent de Delphine planqué jusque lors dans la penderie. She is back.

Voilà j’ai fini de donner mon ressenti. J’espère que vous aimé et que vous êtes en joie. Merci du fond du cœur pour votre venue et votre patience d’avoir lu jusqu’au bout. Bye bye les happy fans, n’hésitez pas à partager. Je vous fais plein de bisous d’étoiles et je vous adore. N’oubliez pas le petit pouce vers le haut et surtout abonnez-vous !

Nowowak

7 commentaires sur « « Les enfants sont rois » de Delphine de Vigan »

  1. Un ressenti que je partage. Une meilleure note que la mienne finalement.
    Excellente critique, très étoffée et fournie de détails que j’avais un peu oubliés, car lu il y a plus d’un mois.
    Effectivement, l’autrice à la plume affinée se révèle davantage à la fin.
    J’avais également aimé le personnage de Clara émouvante et intéressante.

    Aimé par 1 personne

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