Il est temps de frapper les trois coups.

Premier coup
Ce film me touche particulièrement parce que dans une autre vie (!) j’ai donné des cours de théâtre et dirigé une troupe de comédiens amateurs dont certains sont devenus professionnels. J’ai donc étroitement ressenti des scènes devant l’écran. Je devais deviner le talent en herbe et le faire pousser. Je devais métamorphoser un agneau en loup, donner la confiance à ceux qui n’en avaient aucune. Mon rôle était de créer l’envie, de leur apprendre à puiser au fond de leurs tripes, de partir de l’intérieur pour endosser leur costume. Il me fallait leur enseigner la justesse, ne pas casser leur personnage, parler haut et fort, improviser, écouter, vivre leurs répliques comme si elles sortaient de leur corps et de leur cœur. Ce qui touche le spectateur est la vérité, il ne veut ni caricature, ni imitation scolaire ni surjeu. Il veut la vérité.

Un Triomphe, avec Kad Merad au cinéma ce mercredi 1er septembre

Second coup
Dans ce magnifique film d’humanité, Kad Merad est plus que convaincant, il est habité par le rôle. Un César en perspective. Voir plus qui sait. Après un film moyen en 2016 (Cessez-le-feu) avec Duris, le réalisateur Emmanuel Courcol ne nous avait pas habitué à pareil régal. Tous les comédiens sont à la hauteur. Sauf deux peut-être. Bémol un rien sévère vous me direz, les deux taulards de couleur (aucun racisme dans mes propos, cela n’a rien à voir) qui me semblent bien en-dessous et m’ont paru fades et incolores (sans jeu de mots).
Une bonne idée d’avoir engagé des comédiens relativement peu connus mais je trouve (c’est mon avis qui reflète mon opinion qui n’engage que mon moi personnel) qu’ils baissent le niveau par leur inconsistance et cela me semble une erreur en ayant voulu montré une troupe black blanc beur sans veiller à une meilleure qualité de casting. Lamine CissokhoWabinlé Nabié, ces deux-là font très amateur à côté des autres et me font enlever une étoile à mon appréciation. Saïd Benchnafa qui joue Nabil est également transparent mais c’est son rôle qui veut ça. J’assume mon seuil de tolérance parfois assez bas (!)
Par contre magnifique second rôle pour Sofian Khammes qui joue Kamel et se révèle au grand public et devrait cartonner. Mention aussi pour David Alaya qui joue Patrick, Alexandre Medvedev qui joue Boïko. Ils sont bien accompagnés par le plus vrai que nature Laurent Stocker sociétaire de la Comédie-Française. Pierre Lottin qui joue Dylan est époustouflant dans son rôle de chien fou incontrôlable, aux antipodes de sa prestation vite oubliée dans les Tuche.

Un triomphe » : des détenus, du parloir aux planches de théâtre

Troisième coup
En dépit de quelques longueurs, notamment quand ils font leur interminable tournée, et de quelques passages peu crédibles (la seconde étoile retirée), notamment l’absence de surveillance durant leur évasion, ce film m’a électrisé. Une sorte de cercle des taulards disparus. On va longtemps en parler dans les chaumières. La scène finale (attention SPOILER) où Kad se retrouve seul sur scène et improvise un monologue divin donne les larmes aux yeux. Son hommage à Beckett et au théâtre, son inspiration pour comparer En attendant Godot à l’évasion des comédiens, ses silences, ses regards, ses élans dans cette scène finale où il sera ovationné ainsi que ses comédiens (par contumace) sont prodigieux.

Comédien raté rêvant d’exploits, Etienne crève l’écran et montre qu’il a autant grandi que les fuyards. Bravo l’artiste. Lesquels repris de justice n’ont pas supporté les périodes de rétention et de fouille succédant aux représentations à succès devant le public. On les comprend. Un scénario qui n’a rien de manichéen, chacun en prend pour son grade. Pas de pathos et de filgoudisme, le film se débarrasse avec énergie et rythme des clichés en se basant sur une histoire vraie vécue par Jan Jönson. Il donne des frissons et réconcilie avec le cinéma français longtemps enfermé derrière les barreaux de la bonne grosse comédie.

Merci pour tout.

Nowowak

7 commentaires sur « Un triomphe (2020) »

  1. Les trois coups de théâtre savamment amenés ici !
    Je me suis crue sur scène avec les artistes, avec toi.
    Un très bon film que j’ai vu un jour de pluie, dans une ville où les trottoirs étaient encore chauds par le soleil.

    Une histoire principalement masculine, où les femmes n’ont cependant pas été oubliées.
    J’ajoute ici la belle performance de Marina Hands, nouvelle pensionnaire de la comédie française depuis 2020, en tant que directrice de la prison.
    La jeune actrice prometteuse Mathilde Courcol-Rozès est convaincante. Elle interprète Nina, la fille d’Étienne joué par Kad Merad. Un émouvant duo père-fille sensible et réaliste.

    Encore bravo pour cet excellent article du « cercle des taulards disparus ». Une image forte pour résumer la magie du film et nous emporter dans l’histoire.

    Aimé par 1 personne

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